La vitamine K2 est devenue extrêmement populaire au cours des dernières années. À entendre certains discours sur les réseaux sociaux, il serait pratiquement dangereux de prendre de la vitamine D3 sans vitamine K2. L’argument est généralement le suivant : la vitamine D augmente l’absorption du calcium et la vitamine K2 aiderait à diriger ce calcium vers les os plutôt que vers les artères.
À première vue, cette hypothèse semble logique. La vitamine K participe effectivement à l’activation de certaines protéines impliquées dans la gestion du calcium, notamment l’ostéocalcine et la Matrix Gla Protein, souvent appelée MGP. Sur le plan biologique, il est donc cohérent de s’intéresser à la vitamine K2 lorsqu’on parle de calcification, de santé osseuse et de santé cardiovasculaire.
Le problème, ce n’est pas le mécanisme, c’est la vitesse à laquelle certains ont transformé ce mécanisme en certitude clinique. En science, ce n’est pas parce qu’une hypothèse est logique qu’elle produit automatiquement un bénéfice mesurable chez l’humain. La vraie question n’est donc pas de savoir si la vitamine K2 a un rôle dans le métabolisme du calcium. La vraie question est plutôt de savoir si la supplémentation en vitamine K2 réduit de façon claire et cliniquement significative la calcification cardiovasculaire ou les événements cardiovasculaires.
Ici, les données sont beaucoup plus nuancées. Il existent certaines études montrant des résultats intéressants. On observe parfois une amélioration du statut en vitamine K, une meilleure activation de certaines protéines dépendantes de la vitamine K, une amélioration de certains paramètres de rigidité artérielle ou un ralentissement potentiel de la progression de la calcification coronarienne dans certains sous-groupes. Il y a aussi certaines études d’observation ont aussi associé une consommation plus élevée de vitamine K2 à un risque cardiovasculaire plus faible, mais on est loin de LA preuve scientifique.
Donc non, on ne peut pas simplement dire que la vitamine K2 ne fait rien. Par contre, ces résultats ne sont pas reproduits de façon constante. Les populations étudiées varient beaucoup. Les doses utilisées ne sont pas toujours comparables. Les durées de suivi sont parfois limitées. Surtout, plusieurs études évaluent des biomarqueurs ou des marqueurs intermédiaires plutôt que des événements cliniques majeurs comme l’infarctus, l’AVC ou la mortalité cardiovasculaire.
Une étude publiée dans la revue Circulation a évalué l’effet d’une supplémentation en vitamine K2 et en vitamine D3 chez des hommes âgés présentant déjà une calcification de la valve aortique. Après deux ans, les chercheurs n’ont pas observé de réduction significative de la progression de la calcification valvulaire comparativement au placebo. C’est un exemple important parce qu’il montre très bien la différence entre une hypothèse biologique séduisante et un résultat clinique réel.
À l’heure actuelle, les données ne permettent pas d’affirmer que toute personne qui prend de la vitamine D3 doit obligatoirement prendre de la vitamine K2. Cela ne signifie pas que la vitamine K2 est inutile. Cela signifie simplement qu’elle ne devrait pas être présentée comme un cofacteur obligatoire à toute supplémentation en vitamine D3 ni comme une stratégie démontrée pour prévenir ou renverser la calcification cardiovasculaire.
Il faut comprendre que dire que la K2 peut être intéressante dans certains contextes est raisonnable, mais dire que la D3 sans K2 va automatiquement favoriser la calcification des artères dépasse largement ce que la littérature permet d’affirmer.
La vitamine K2 est un nutriment intéressant. Ses mécanismes sont plausibles. Certaines données sont positives, mais les résultats demeurent hétérogènes et insuffisants pour justifier le discours très catégorique que l’on voit souvent sur les réseaux sociaux.
Lorsqu’on parle de calcification cardiovasculaire, les facteurs les mieux documentés demeurent encore la résistance à l’insuline, le diabète, l’hypertension, le tabagisme, l’insuffisance rénale, l’inflammation chronique, la sédentarité, la qualité de l’alimentation et la santé métabolique globale. Ces sujets sont moins vendeurs qu’une capsule de K2, mais ils expliquent beaucoup mieux la réalité du risque cardiovasculaire.
La position la plus fidèle à l’état actuel des connaissances se situe entre deux extrêmes. Il serait exagéré de dire que la vitamine K2 ne fait absolument rien, mais Il serait tout aussi exagéré de prétendre qu’elle est indispensable avec la vitamine D3 ou qu’elle constitue une solution démontrée contre la calcification cardiovasculaire.
Le problème n’est pas la molécule, c’est ce qu’on prétend qu’elle est capable de faire.
1.2.Beulens JWJ, Bots ML, Atsma F, et al. High dietary menaquinone intake is associated with reduced coronary calcification. Atherosclerosis. 2009;203(2):489-493.
Knapen MHJ, Drummen NEA, Smit E, Vermeer C, Theuwissen E. Three-year low-dose menaquinone-7 supplementation helps decrease bone loss and improves arterial stiffness in healthy postmenopausal women. Thromb Haemost. 2015;113(5):1135-1144.
3.Lees JS, Chapman FA, Witham MD, et al. Vitamin K status, supplementation and vascular disease: a systematic review and meta-analysis. Heart. 2019;105(12):938-945.
4.Vlasschaert C, Grosse SD, Navaneethan SD, et al. Vitamin K Supplementation for the Prevention of Cardiovascular Disease: Where Is the Evidence? Nutrients. 2020;12(10):2909.
5.Diederichsen ACP, Lindholt JS, Møller JE, et al. Vitamin K2 and D Supplementation and Progression of Aortic Valve Calcification: A Randomized Controlled Trial. Circulation. 2022;145(18):1387-1397.
Hasific S, Vervloet MG, Knapen MHJ, et al. Effects of Vitamin K2 and D Supplementation on Coronary Artery Calcification: A Systematic Review and Meta-analysis. JACC Adv. 2023;2(8):100643.