RIEN N’EST MORAL Je vais commencer par une phrase qui peut déranger. Rien n’est moral. Je ne veux pas dire que tout est acceptable. Je ne veux pas dire que nous ne devons plus protéger, interdire, réparer, poser des limites ou rendre justice. Je veux dire quelque chose de beaucoup plus inconfortable. Je veux dire que, peut-être, avant de demander : « Est-ce bien ou est-ce mal ? » nous devrions apprendre à demander : « Qu’est-ce qui est à l’œuvre ici ? » Parce que ce ne sont pas du tout les mêmes questions. La première prononce un verdict. La seconde ouvre une enquête. Et j’ai passé une grande partie de ma vie à enquêter sur l’humain. À regarder ses contradictions. Ses répétitions. Ses colères. Ses fidélités invisibles. Ses amours impossibles. Ses guerres intérieures. Et cette étrange capacité que nous avons à reproduire exactement ce que nous avions juré de ne jamais reproduire. Nous pensons choisir beaucoup plus que nous ne choisissons réellement. Nous pensons réagir au présent. Mais parfois, ce qui réagit en nous est beaucoup plus ancien que la situation qui vient de se produire. Un mot. Un silence. Un regard. Une absence de réponse. Et soudain, quelque chose s’embrase. Nous appelons cela une émotion. Mais l’émotion n’est peut-être pas seulement une vérité sur ce qui se passe. Elle est aussi une information sur celui qui regarde ce qui se passe. Deux personnes vivent exactement la même scène. L’une souffre. L’autre ne ressent presque rien. La scène est identique. Alors quelque chose d’autre participe nécessairement à l’expérience. Notre histoire. Nos apprentissages. Nos blessures. Nos attachements. Nos peurs. Les modèles relationnels dans lesquels nous avons grandi. Et peut-être certaines transmissions familiales dont nous continuons à porter les effets. C’est à cet endroit que j’ai commencé à travailler sur ce que j’appelle le Transposé Familial. L’idée est simple. Nous n’arrivons pas vierges dans une relation. Nous arrivons avec une architecture. Une manière d’aimer.