Il y a environ cinq ans, alors que je terminais mes études supérieures, mon père m’a mis dehors après une dispute. Pendant un temps, j’ai dormi à droite à gauche. J’ai galéré. Mais une chose était claire dans ma tête : je ne remettrais plus les pieds là-bas. Pas par confort. Par choix. Je savais que si je revenais tout de suite, si je demandais à rentrer le soir même, la dynamique serait restée la même. Il aurait gardé le contrôle. Il aurait compris que, quoi qu’il fasse, j’avais besoin de lui. Et à partir de là, tout aurait recommencé. J’ai donc tenu. Même quand c’était inconfortable. Même quand c’était dur. J’ai appris à me débrouiller seul. À gérer sans filet. Et surtout, j’ai compris quelque chose d’essentiel : je n’étais pas dépendant. Six mois plus tard, mon père a recommencé à prendre des nouvelles. Puis il a insisté pour que je revienne. Cette fois, ce n’était plus une injonction. C’était une demande. Et plus tard, il est même allé jusqu’à s’excuser et me proposer (encore) de revenir. Ce retournement n’aurait jamais eu lieu si j’étais revenu trop tôt. Ce n’est pas le fait de partir qui a changé la situation. C’est le fait de montrer, par mes actes, que je pouvais exister sans lui. Quand quelqu’un sent que tu as besoin de lui, il te contrôle. Quand quelqu’un comprend que tu peux partir et tenir, ta valeur change immédiatement. Parfois, la seule manière d’être respecté n’est pas d’expliquer ce que tu vaux. C’est de partir assez longtemps pour que l’autre le découvre tout seul.