Quand j’étais adolescent, j’ai travaillé plusieurs années chez Couche-Tard. Une multinationale avec des milliers de stations-services à travers le Canada. À force de passer des heures derrière le comptoir, tu vois défiler énormément de monde. Des clients seuls, des familles… et surtout des couples. Des centaines, probablement des milliers.
Avec le temps, j’ai commencé à remarquer quelque chose. Une différence de dynamique très nette entre les couples où l’homme payait systématiquement et ceux où la facture était toujours divisée en deux. Ce n’était pas quelque chose de spectaculaire ou de caricatural. C’était subtil, presque imperceptible. Mais une fois que tu l’as vu, tu ne peux plus l’ignorer.
Je serais incapable d’expliquer ça avec une formule claire ou un raisonnement théorique. Mais dans les couples où l’homme cherchait à tout équilibrer au dollar près, il y avait comme une perte invisible. Comme cette économie de 20$ lui coûtait en réalité beaucoup plus cher. Pas financièrement. Symboliquement.
Dans ces couples-là, la femme ne se tournait pas vers lui de la même manière. Il n’était pas un point d’appui. Il était un égal parmi d’autres. Quelqu’un de correct, de raisonnable, mais pas une figure vers qui on se repose.
Très jeune, ça m’a conforté dans une certitude. Ce n’est pas le type de relation que je veux. Je ne veux pas être perçu comme “aussi capable”. Je ne veux pas être vu comme un simple partenaire fonctionnel.
Je veux être le point d’appui.
Celui qui rassure sans parler.
Celui qui absorbe quand ça déborde.
Je veux que ma femme, et plus tard mes enfants, me voient comme un refuge. Pas comme un égal.
Un homme qu’on admire ne cherche pas l’équilibre parfait.
Il assume le poids supplémentaire.