Récap des parties précédentes :
On a vu dans le #1 que la calorie est une unité inadaptée. Dans le #2, que l'énergie vient d'un flux d'électrons dans vos mitochondries, pas d'une « combustion » de nourriture ; et que tous les substrats ne se valent pas. Reste un problème : deux personnes peuvent manger exactement la même chose, avec les mêmes macros, les mêmes « calories » ; et l'une déborde d'énergie pendant que l'autre est tout mort. Pourquoi ?
Parce que la question n'est pas « combien d'électrons entrent » ,mais « dans quel état est le système qui les reçoit ». Jack Kruse parle de “potentiel redox”.
Qu'est-ce donc que le potentiel redox ?
Pensez à une batterie. Une batterie chargée a une différence de potentiel élevée entre ses bornes ; elle peut fournir du courant. Une batterie à plat ne fera rien tourner. Vos cellules fonctionnent plus ou moins pareil (disons que l’analogie est pertinente).
Le potentiel redox, c'est la “charge” de votre batterie cellulaire. Techniquement, c'est la différence de potentiel électrique à travers vos membranes ; et en particulier à travers la membrane interne de vos mitochondries, qui maintient un gradient d'environ 150 millivolts. Ça ne vous évoque surement rien dit comme ça mais rapporté à l'épaisseur de la membrane (quelques nanomètres), ça représente en gros 30 millions de volts par mètre. L'équivalent de l'énergie d'un éclair, dans chacune de vos cellules, enn permanence.
Quand ce potentiel est élevé, les électrons circulent plus vite, les cytochromes fonctionnent mieux, l'ATP est produit efficacement (sans trop de perte et/ou de déchet métabolique), vos protéines sont correctement repliées, votre eau cellulaire est structurée (ça ce sera le sujet d’un autre poste). Quand il est faible, tout se dégrade concomitamment et conséquentiellement : les électrons fuient (oxydation) et vont se faire accepter à un endroit pas fait pour (réduction), les radicaux libres s'accumulent (à cause de l’oxydation ducoup), les protéines se replient mal, l'inflammation augmente. Le potentiel redox des cellules, qui est une mesure du potentiel électrique à travers les membranes, est en quelque sorte, plus important que l'ATP
Système ouvert, système fermé
J’en au parlé dans le #1 ; mais ça prend tout son sens ici. Dans un système fermé (la bombe calorimétrique), l'énergie se mesure en calories ; c'est de la chaleur, point barre. Dans un système ouvert (vous), l'énergie se mesure en joules ; et ce qui compte, c'est la capacité du système à capter, stocker et faire circuler des électrons. C'est ça, le redox en gros (c’est plus complexe dépendamment des intrincations). Jack Kruse en parle justement « la vie transfère l'énergie par des réactions chimiques redox. L'eau fournit ces électrons et laisse derrière elle une batterie cristalline de protons ».
Les marqueurs du redox : comment savoir où vous en êtes
Le potentiel redox se mesure, plus ou moins efficacement et c’est justement ça qui va nous intéresser. Pas directement avec un voltmètre (quoique, en théorie...) ; mais par des marqueurs biologiques qui reflètent l'état de charge de vos cellules.
Le premier, c'est le ratio GSH/GSSG ; c.à.d le rapport entre le glutathion réduit (chargé en électrons, fonctionnel) et le glutathion oxydé (déchargé). Petit point vocabulaire : vous l’entendez tout le temps mais oxydation veut seulement dire “atome (ou ion) qui a perdue un éléctron”. Le glutathion, c'est justement votre antioxydant majeur ; c'est lui qui « éponge » les radicaux libres. Autre point vocabulaire : la réduction (en opposition à l’oyxdation) c’est quand “un atome (ou un ion) accepte un éléctron ; le tout s’appelle l’oxydo-réduction. Quand le ratio baisse, ça veut dire que vos cellules perdent des électrons plus vite qu'elles n'en captent. Même logique pour le ratio cystéine/cystine ; la cystéine étant le précurseur du glutathion. Certains scientidiques notent que des niveaux bas de cystéine et cystine sont observés dans le vieillissement et la maladie, servant de premier signal de là où la maladie commence.
Autre marqueur, plus accessible : le ratio BUN/créatinine. Quand il est élevé, cela signifie que vos protéines et mitochondries n'ont pas de micelles d'eau inversées autour d'elles pour transférer l'énergie ; et cela ruine les systèmes à entropie zéro, vous forçant à produire plus d'ATP pour ouvrir les sites de liaison à l'eau sur les protéines. Quand la génération d'ATP est basse, vous allez “craver” (j’connais pas la traduction en français mea culpa) des glucides pour compenser cette perte. En ce sens, les grosses envies de sucre ne sont pas un manque de volonté ; c'est un signal que votre redox est bas et que vos mitochondries cherchent un raccourci pour recycler l'ATP rapidement (par une voie métaboliqe moins efficace). (La ça devient un peu technique donc n’hésitez pas à relire ou à poser des questions)
Le shift métabolique (et la route vers le cancer)
Voilà ce qui se passe quand votre potentiel redox diminue substantiellemtn : vos mitochondries, désormais incapables de faire circuler les électrons correctement par la bêta-oxydation (les graisses), basculent vers un mode de secours : la glycolyse aérobie (peut être que vous en avez entendu parler). C'est a dire qu'elles se mettent à dépendre du glucose, même en présence d'oxygène. C'est ce qu'on appelle l'effet Warburg et c'est exactement le profil métabolique des cellules cancéreuses.
Ce n'est pas que le cancer « cause » le Warburg, comme le rappelle Bissell : « le métabolisme du glucose en présence d'oxygène n'est pas la conséquence de l'activité cancéreuse des cellules malignes ; c'est lui-même un événement cancéreux ». Autrement dit : un redox chroniquement bas ne mène pas au cancer par hasard ; il y a au préalable, un set up de conditions métaboliques qui sont plus ou moins prédictives car causales.
Avant d'en arriver là, le chemin est déjà balisé. Les sympômes les plus fréquents incluent en outre : fatigue chronique, résistance à l'insuline, inflammation systémique, cravings de sucre permanents, prise de poids inexpliquée. Tout ça, ce peut être lié à un redox en chute libres, et pas forcément à un « excès de calories »
Pourquoi vos protéines ne se recyclent plus
Il y a un autre mécanisme, moins connu mais tout aussi mauvais. Quand le redox est bas, le système d'ubiquitination (le processus par lequel vos cellules « taguent » les protéines endommagées pour les recycler - on en reparlera ailleurs) ne fonctionne plus correctement. Les vieilles protéines s'accumulent. Les mitochondries défectueuses ne sont plus éliminées par mitophagie et vous vous retrouvez avec un “parc mitochondrial” si on peut dire, vieillissant et inefficace qui génère encore plus de ROS, qui fait encore baisser le redox. C'est un cercle vicieux
C'est d’ailleurs exactement ce qu'on observe dans l'obésité morbide. L'obèse ne mange pas trop (parfois si mais conséquentiellement, pas causalement) ; ses mitochondries produisent trop peu d’ATP, et elles en produisent trop peu parce que son redox est bas, et son redox est bas parce que... parce que plein de choses qu'on va voir dans le prochain article mwahahah.
Ce qu'il faut retenir
- Le potentiel redox est la charge de votre batterie cellulaire : ~150mV à travers la membrane mitochondriale interne, soit 30 millions de volts/mètre.
- C'est plus important que l'ATP lui-même. L'ATP est le mécanicien ; le redox est le courant.
- Marqueurs accessibles : ratio GSH/GSSG, ratio cystéine/cystine, ratio BUN/créatinine. Un BUN/créat élevé = redox bas = cravings de sucre.
- Un redox chroniquement bas mène au shift Warburg (glycolyse aérobie) ; c'est le profil métabolique exact du cancer, de l'obésité, et du vieillissement accéléré.
- Les cravings de sucre ne sont pas un manque de volonté ; c'est un signal de détresse mitochondriale.
- L'obésité n'est pas un excès de calories ; c'est un déficit de redox.
Si le redox est la vraie mesure de votre énergie, alors qu'est ce qui le charge ? Qu'est-ce qui fait que certaines personnes maintiennent un redox d'übermenschen et d'autres de subhuman ? Spoiler : ce n'est pas (que) la nourriture. Deux tiers de votre ATP viennent d'une source que vous ignorez probablement. On en parle dans le prochain article : lumière, eau, magnétisme.
Sources : Jack Kruse - Energy and Epigenetics 12, The Redox Rx, Quantum Biology 9, CPC #8 Brain Cancer, Ubiquitination 7, OSF #7 Autophagy Failure (j'ai pleins d'autres sources mais elles sont dans ma tête et je m'en souviens plus + les cours de bio de term et de la fac, anyways)