L’estime de soi : le premier regard
Nous passons une grande partie de notre vie à chercher notre valeur dans les yeux des autres. Nous cherchons à être aimés, reconnus, choisis, validés. Comme si notre valeur dépendait d’un verdict extérieur. Comme si quelqu’un, quelque part, détenait le pouvoir de décider ce que nous valons.
Alors nous faisons des efforts. Nous travaillons davantage. Nous donnons davantage. Nous nous adaptons davantage. Nous devenons parfois des experts dans l’art de plaire.
Mais pourquoi certaines personnes passent-elles leur vie à chercher l’approbation des autres tandis que d’autres dégagent une force tranquille qui attire naturellement le respect, l’amour et parfois même le succès ?
La réponse commence très tôt. Bien avant les diplômes. Bien avant les réussites. Bien avant les histoires d’amour. Elle commence dans le regard de la mère.
Un enfant découvre sa valeur dans les yeux de celle qui l’accueille au monde. Quand une mère regarde son enfant avec émerveillement, elle lui transmet un message silencieux : « Tu existes. Tu as de la valeur. Tu mérites ta place parmi nous. » L’enfant ne comprend pas encore les mots, mais il comprend le regard. Il comprend la joie d’être accueilli. Et lorsqu’il reçoit ce regard de manière suffisamment stable, il construit une certitude intérieure : « Je suis digne d’être aimé. »
Mais parfois la mère est blessée. Par son histoire. Par ses propres manques. Par ses propres blessures. Alors elle aime son enfant, mais ne parvient pas toujours à lui transmettre ce regard nourrissant. Et l’enfant ne conclut jamais : « Ma mère souffre. » Il conclut : « Il doit y avoir quelque chose qui ne va pas chez moi. »
Cette conclusion devient parfois la racine invisible de toute une vie. Alors commence une quête : la quête de l’amour, la quête de la reconnaissance, la quête de la validation. Cette quête peut prendre mille visages : le perfectionnisme, le besoin de sauver tout le monde, l’impossibilité de dire non, la peur du rejet, la peur de décevoir ou encore cette étrange nécessité d’être aimé par tous.
C’est là que naît souvent la séduction. Pas la séduction légère ou joyeuse, mais la séduction comme stratégie de survie. La séduction de celui qui a besoin d’être aimé pour se sentir exister.
On retrouve ce mécanisme partout : chez les artistes, les thérapeutes, les enseignants, les dirigeants, les amoureux.
Prenons l’exemple d’un artiste. Le premier monte sur scène avec une question inconsciente : « Que dois-je faire pour qu’on m’aime ? » Alors il observe son public. Il cherche ce qui plaît. Il adapte son discours. Il ajuste son œuvre. Il tente de répondre aux attentes. En réalité, il ne crée plus, il négocie. Il échange une partie de lui-même contre de l’approbation. Sa démarche est sous-tendue par la peur : peur de ne pas être reconnu, peur de ne pas être aimé, peur de ne pas avoir suffisamment de valeur.
Puis il existe un autre artiste. Celui qui monte sur scène sans chercher à séduire. Celui qui ne se demande pas : « Qu’est-ce qui va leur plaire ? » mais : « Qu’est-ce que j’ai profondément envie de partager ? » Il ne cherche pas à être aimé. Il cherche à être vrai. Il ne propose pas ce qui plaît. Il propose ce qui l’habite. Il ne tend pas les mains pour recevoir. Il ouvre les mains pour offrir.
Et paradoxalement, c’est souvent celui-là qui touche le plus profondément les cœurs. Pourquoi ? Parce que le public ressent immédiatement la différence. D’un côté, quelqu’un demande. De l’autre, quelqu’un offre. D’un côté, quelqu’un cherche à remplir un manque. De l’autre, quelqu’un partage une richesse.
Le besoin attire rarement. Le désir rayonne. Et les êtres humains sont profondément sensibles au rayonnement. Nous sommes attirés par ceux qui n’ont rien à prouver. Par ceux qui n’ont pas besoin de nous convaincre de leur valeur. Par ceux qui connaissent déjà leur propre valeur.
Voilà ce qu’est véritablement l’estime de soi. L’estime de soi n’est pas l’arrogance. L’estime de soi n’est pas se croire supérieur. L’estime de soi, c’est ne plus avoir besoin que les autres décident de ce que nous valons. C’est savoir que notre valeur précède nos réussites. Qu’elle précède nos échecs. Qu’elle précède même le regard des autres.
Car la valeur d’un être humain n’est pas une récompense. Elle n’est pas un diplôme. Elle n’est pas un salaire. Elle n’est pas un nombre d’abonnés. Elle n’est pas une histoire d’amour. Elle est inhérente à son existence.
Un nouveau-né n’a rien accompli. Il n’a aucun mérite. Aucune réussite. Et pourtant personne ne se penche sur son berceau pour demander : « Que vaut-il ? » Sa valeur est une évidence. La nôtre aussi. Nous l’avons simplement oubliée.
Peut-être que le véritable chemin d’une vie n’est pas de devenir quelqu’un. Peut-être est-il de retrouver celui que nous étions avant d’apprendre à douter de notre valeur. Peut-être consiste-t-il à regarder enfin cet enfant intérieur qui a passé tant d’années à mendier ce qu’il possédait déjà.
Et à lui murmurer doucement : « Tu n’as rien à prouver. Tu n’as rien à mériter. Tu n’as rien à conquérir pour avoir de la valeur. Tu en avais déjà le jour où tu es né. »
Et lorsque cette vérité cesse d’être une idée pour devenir une expérience intérieure, alors quelque chose se transforme. Nous cessons de séduire. Nous commençons à rayonner. Nous cessons de chercher l’amour. Nous devenons capables d’aimer. Nous cessons de demander au monde qui nous sommes. Et pour la première fois de notre vie, nous pouvons enfin lui offrir ce que nous sommes. Peace and love ❤️Myriam Fassio