Une IA qui « casse » un système de chiffrement, le titre a de quoi paniquer n'importe quel dirigeant qui héberge des données sensibles. Avant de partager ce genre d'annonce, j'ai pris l'habitude de remonter directement à la source plutôt que de me fier au résumé qui circule, et c'est heureux, parce que la version qui tourne actuellement mélange plusieurs chiffres. Anthropic a effectivement publié une recherche sérieuse le 28 juillet. Son modèle de recherche interne, Claude Mythos Preview (une version non déployée publiquement, à distinguer du Mythos accessible aujourd'hui), a permis de trouver deux failles mathématiques inédites. La première touche HAWK, un candidat post-quantique encore en lice dans le processus de standardisation du NIST : Mythos a identifié une symétrie dans sa structure mathématique qui divise par deux la force effective de ses clés. La seconde concerne une version volontairement affaiblie de l'AES, réduite à sept cycles sur les dix que compte l'algorithme complet, avec une attaque rendue 200 à 800 fois plus rapide. Le problème, c'est que le résumé qui circule agrège deux histoires distinctes. Les 60 heures de travail et les 100 000 dollars de coût en API concernent uniquement la découverte sur HAWK. La piste AES a suivi un chemin différent : une semaine de travail quasi autonome du modèle pour trouver l'idée, puis près d'un mois pour deux chercheurs humains, non spécialistes en cryptographie, avant de pouvoir confirmer que le résultat tenait la route. Chaque découverte a coûté environ 100 000 dollars, soit 200 000 au total, pas 100 000 pour l'ensemble comme on peut le lire par ailleurs. Quant aux fautes d'orthographe dans les prompts, elles ne relèvent d'aucune technique délibérée : Anthropic a simplement publié les messages réels du chercheur, tels quels, pour montrer comment il a insisté pour que le modèle continue à chercher au lieu d'abandonner. Notez tout de même qu'aucune des deux failles ne touche un système en production aujourd'hui.