Onyx paradait dans la bibliothèque du château, tirant derrière lui un ancien casque de soldat par la lanière. — Saperlotte, mais qu’est-ce que tu fabriques ? fit Mercure en levant les yeux de son livre. Tu en fais du boucan ! — Croâ ! J’essaie de me mettre dans la peau d’un soldat, comme dans ton livre. — Bah c’est pas gagné. Les casques, ça se met sur la tête, c’est pas une charrette. — C’est pas ma faute si ma tête n’est pas adaptée ! — C’est pas un jeu, tu sais, la guerre chez les humains, c’est du sérieux. — Ça j’ai remarqué, et c’est pas avec les siècles qui passent que ça s’arrange. Onyx lâcha le vieux casque trouvé dans le grenier et se mit à lisser ses plumes avec conviction. Mercure reprit sa lecture mais pour une minute seulement : — Au moins, nous les corbeaux, on ne fait pas la guerre. Il n’y a rien de plus idiot que ça ! — Vous n’avez même pas des petits conflits de-ci de-là, entre les branches ? — Il n’y a que les humains, pour faire la guerre, avec la ferraille, l’attirail et tout le tsoin-tsoin ! — C’est sûr qu’en lisant cette petite merveille, on perd son reste d’illusions. — Les livres, c’est mieux, fit le corbeau, eux au moins, ils construisent. Mais les hommes passent leur temps à détruire ce que les livres construisent. Totalement absurde ! — C’’est pour ça qu’on lit, mon vieux. Pour ne pas oublier. — Bon, ça m’a filé le bourdon, ton histoire. Je vais m’enfiler un orvet bien juteux, je file dans le jardin ! 👑 La vie, la guerre et puis rien (Mémoires de guerre), par Oriana Fallaci (1971) 👑 ✅ Qui est l’auteur ? Oriana Fallaci (Italie 1929-2006) Écoutez bien son histoire. Elle commence à Florence, le 29 juin 1929. Une petite fille naît dans une famille où l’on ne plaisante pas avec la liberté. Le père, menuisier, est aussi et surtout un des chefs de la résistance italienne. Et la future journaliste reporter va grandir au milieu de la guerre. Celle de l’Italie occupée. Elle aurait même, toute petite, servi de messagère pour la résistance. Je vois bien la chose : une enfant qui porte des messages, sous le nez des soldats.