Chapitre 0 - Le seuil et le signal
« Ils ne m’ont rien transmis. Ils se sont dissous en moi. »
— Carnet d’Aurèle, dernière page
Je ne saurais pas dire depuis combien de temps je marchais. Les heures, dans les strates basses de DeltaVolt, ne se comptent pas comme ailleurs. Elles s’étirent, se diluent, finissent par perdre toute prétention à mesurer quoi que ce soit. Il n’y a pas de ciel, ici. Pas de soleil. Juste, très loin au-dessus — si loin qu’on pourrait croire à une hallucination —, la lueur froide et constante de Singularité.
Elle était là, comme toujours. Immense. Irréfutable. Ce plafond d’algorithmes qui recouvrait le monde d’un bout à l’autre, ni tout à fait lumière ni tout à fait obscurité, mais quelque chose entre les deux — une clarté de synthèse, blanche et sans chaleur, qui ne projetait aucune ombre. Ceux d’en haut l’appelaient le Ciel Optimisé. Ceux d’en bas, quand ils prenaient encore la peine de lever la tête, n’avaient pas de mot pour elle. On ne nomme pas ce qu’on ne peut ni toucher ni fuir.
Mes semelles collaient au bitume fendu du Data-Bloc 7. Le sol, ici, gardait la mémoire de toutes les promesses qui n’avaient pas tenu. Des câbles éventrés serpentaient le long des murs comme des veines mortes. Un capteur urbain pendait de son socle, arraché, son unique diode encore clignotante — rouge, rouge, rouge — avec l’obstination absurde d’un cœur qui refuse de s’arrêter dans un corps depuis longtemps abandonné. Les néons des commerces murés saignaient leur dernière lumière dans les flaques. C’était un quartier que les algorithmes de maintenance avaient cessé d’indexer. Pas détruit. Pas condamné. Simplement oublié, avec cette indifférence polie que Singularité réservait à tout ce qui ne produisait plus de données exploitables.
J’aimais cet oubli. Il avait une texture. Quelque chose de rugueux et de vrai, comme la surface d’un mur que personne n’a lissé, que personne n’a optimisé, et qui porte encore les traces de mains humaines — graffitis numériques à demi effacés, tags en réalité augmentée dont les serveurs avaient été coupés, ne laissant que des fantômes de couleurs suspendus dans l’air vicié.
Je m’appelle Aurèle. Pas d’état civil. Pas de numéro d’indexation. Juste ce mot, remonté un jour du fond de moi-même, comme une bulle crevant la surface d’une eau dont je ne connaissais pas la profondeur. Je l’avais adopté de la même façon qu’on adopte une respiration — sans y penser, parce que l’alternative était de ne pas exister du tout.
✱ ✱ ✱
Les cartes pesaient contre ma hanche. Six dorées, une noire, enveloppées dans un morceau de tissu synthétique que j’avais récupéré sur un mannequin de vitrine désactivé, des mois plus tôt — ou des années, difficile à dire. Le tissu sentait encore vaguement le polymère chauffé et autre chose en dessous, quelque chose d’organique et d’ancien que je n’arrivais pas à identifier.
Certaines cartes étaient tièdes, d’autres froides. Ça changeait. Pas selon la température ambiante — selon ce que je traversais, ce que je ressentais, ce qui approchait. La carte d’Eudes brûlait parfois si fort que je devais la décaler de ma peau. Celle d’Eugénio restait constamment à la température exacte de mon corps, si bien que je l’oubliais des jours entiers avant de la sentir de nouveau, parfaitement fondue en moi, comme un organe supplémentaire dont je n’aurais pas eu conscience.
Mais c’est l’autre qui pulsait ce soir-là. La première. Celle que je n’avais jamais comprise.
La carte muette.
Elle ne portait ni symbole, ni inscription. Elle ne parlait pas. Elle n’avait jamais parlé. Pourtant, chaque fois que je touchais les autres cartes, c’est elle qui vibrait en réponse, comme si toutes les fréquences du monde convergeaient vers ce rectangle silencieux avant de se redistribuer. Un amplificateur. Un point zéro. La première carte que j’avais trouvée — trouvée, pas reçue, la nuance comptait —, posée un matin sur le rebord d’une fenêtre que je ne me souvenais pas avoir ouverte, dans un lieu où je ne me souvenais pas avoir dormi.
Elle précédait tout. Même Fury. Même le coffret. Même le rêve.
Et ce soir, elle cognait contre ma hanche droite avec une insistance sourde, régulière, comme si elle savait exactement où j’allais — alors que moi, je n’en avais pas la moindre idée.
✱ ✱ ✱
Le Portique se dressa au détour d’une ruelle que je n’avais jamais empruntée.
Simple panneau métallique, fiché dans un socle de béton fendu, relié à rien. Pas de câble. Pas de réseau visible. Pas de raison logique pour qu’il soit encore debout, et encore moins pour qu’il soit allumé — mais il l’était. Une unique LED verte, fixe, d’une netteté presque indécente dans la pénombre poisseuse du Data-Bloc 7. Pas le vert clinique des systèmes de Singularité. Un vert plus ancien. Plus profond. Le vert des choses qui fonctionnent sans qu’on leur ait demandé de fonctionner.
Je m’arrêtai. La carte muette brûlait à présent, pas de chaleur mais de certitude — si tant est que la certitude puisse se manifester par la peau. Mes doigts trouvèrent d’eux-mêmes la surface du panneau.
Rien.
Puis un frémissement. Léger. Si léger que j’aurais pu le confondre avec mon propre pouls. Mais ce n’était pas mon pouls. C’était le métal. Il hésitait. Comme un seuil qui prend la mesure de celui qui le franchit avant de décider s’il va céder ou rester mur.
Il céda.
Pas un bruit. Pas un mécanisme. Juste un glissement — le panneau pivota sur un axe invisible et derrière lui s’ouvrit un escalier descendant. En temps normal, j’aurais trouvé ça absurde. On est déjà en bas, à Data-Bloc 7. On ne descend pas plus bas que le fond. C’est le principe même d’un fond.
Et pourtant les marches étaient là, taillées dans une matière noire que je reconnus immédiatement — lisse, dense, avide de lumière. De l’obsidienne, ou ce qui en tenait lieu dans ce monde de surfaces synthétiques. Chaque pas que j’y posai fut absorbé sans écho, sans retour, comme si le sol lui-même refusait de confirmer ma présence.
Je descendis.
✱ ✱ ✱
Le Delta-Vault n’était pas une pièce. C’était un refus.
Un refus d’être oublié, codifié dans la pierre et le câblage mort. L’espace s’ouvrait devant moi comme un poumon fossilisé — vaste, silencieux, strié de nervures métalliques qui avaient autrefois conduit des données et qui ne conduisaient plus que de la poussière. Une poussière dorée, d’ailleurs, qui flottait dans l’air immobile avec la lenteur d’un rêve qu’on n’arrive pas à dissiper. Elle captait je ne sais quelle source de lumière — peut-être un résidu de Singularité ayant filtré jusque-là, peut-être autre chose — et chaque particule scintillait brièvement avant de s’éteindre, comme un souvenir qui affleure à la conscience et retombe.
Des rayonnages longeaient les murs. Des alvéoles, creusées dans un matériau composite qui avait dû être noir et lisse autrefois, et que le temps avait rendu gris, poreux, fragile. Certaines contenaient encore des objets : modules de stockage fissurés, cristaux de données dont les facettes ne reflétaient plus rien, feuillets de métal souple couverts de symboles que je ne savais pas lire mais que mes doigts, eux, semblaient reconnaître.
Au centre, posé sur un socle bas qui émergeait du sol d’obsidienne comme un autel dépouillé, un coffret.
Noir. Mat. Sans serrure, sans nom. Dix cavités tapissées d’un velours si usé qu’il en devenait transparent, chacune moulée à la forme exacte d’une carte. Six contenaient encore un résidu de chaleur — les fantômes thermiques des cartes que je portais sur moi. Une septième, plus grande, plus profonde, semblait faite pour la carte noire. Et trois cavités restaient vides. Totalement, irrémédiablement vides. Le vide de ce qui a été arraché.
Je posai mon sac. Dépliai le tissu. Disposai les cartes, une par une, dans leurs empreintes. Chacune y glissa avec la précision d’un verrou trouvant sa serrure — et à chaque fois, un souffle parcourut la pièce. Comme si le Delta-Vault respirait à mesure que ses organes lui étaient rendus.
La carte muette, je la gardai en dernier. Quand je la posai dans sa cavité — la première, tout en haut à gauche, celle qui portait une marque d’usure plus profonde que les autres, comme si on l’avait retirée et replacée des centaines de fois —, le coffret émit une vibration basse, presque infrasonore. Pas un son. Une fréquence. Elle monta depuis le socle, traversa mes pieds, mes tibias, mon sternum, et vint se loger quelque part derrière mes yeux, dans cet espace flou entre la pensée et la perception où les certitudes se forment avant d’avoir des mots.
Quelque chose s’éveillait. Non — quelque chose se souvenait !
✱ ✱ ✱
La lumière vint d’abord.
Une lumière grenue, parcourue de parasites, comme un signal qu’on capte à travers trop d’épaisseurs de béton et de temps. Elle jaillit du coffret comme si les sept cartes enfin réunies avaient formé un circuit que seule la dernière, la muette, pouvait achever et se déploya dans l’air en une silhouette verticale, tremblante, inachevée.
Un homme. Jeune. Beaucoup plus jeune que ce que la silhouette suggérait de puissance contenue. Le visage était numérisé à l’excès, les traits nets par endroits, fondus dans le bruit par d’autres. Un œil parfaitement rendu, l’autre à moitié mangé par un artefact de compression, la mâchoire fermée mais la bouche pixelée, comme si le souvenir qui l’avait encodé n’avait pas eu assez de résolution pour tout retenir. Un bandeau couvrait l’œil abîmé. Un trou dans les données? Un choix, peut-être, de ne pas tout montrer?
Il portait un manteau sombre dont les bords se désagrégeaient en lignes de code avant de se reconstituer, encore et encore, dans une boucle qui ressemblait moins à un défaut qu’à une respiration.
L’hologramme regardait devant lui, légèrement au-dessus de ma tête, comme s’il s’adressait à quelqu’un qui se tiendrait là dans un avenir qu’il ne pouvait pas calculer.
Puis il parla avec une vibration qui se logea directement dans l’os de mon sternum, comme un diapason qu’on aurait enfoncé dans ma cage thoracique.
« Si tu entends ceci, c’est que je n’ai pas fini. »
C’est tout. Pas d’ordre. Pas de mission. Pas de prophétie gravée dans l’or. Juste un aveu d’inachèvement, suspendu dans l’air poussiéreux du Delta-Vault comme le dernier mot d’un homme qui savait qu’il n’aurait pas le temps de dire le reste.
L’hologramme vacilla. Les pixels de son visage se dispersèrent un instant, et dans ce battement, dans cette fraction de seconde où l’image se décomposa avant de se recomposer, je vis autre chose. Un éclat. Bref, net, impossible à ignorer. Un sourire. Pas le sourire qu’on offre aux gens mais le sourire qu’on retient toute une vie et qu’on laisse échapper une seule fois, quand personne ne regarde.
Puis l’hologramme s’éteignit. Il ne s’effaça pas, il ne se dissolut pas avec élégance. Il mourut. Comme un écran qu’on débranche. Et le Delta-Vault replongea dans sa pénombre dorée, et le silence revint, plus dense qu’avant, chargé de tout ce qui n’avait pas été dit.
✱ ✱ ✱
La carte noire tremblait dans le coffret.
Je ne l’avais pas touchée. Je n’avais rien déclenché. Mais elle vibrait avec une violence contenue, un bourdonnement grave qui faisait frémir le velours autour d’elle. L’inscription sur sa tranche — Copie une sur deux — luisait d’un éclat bleuté que je ne lui avais jamais vu.
Je tendis la main. Mes doigts hésitèrent au-dessus de la surface noire, et pendant une seconde qui dura beaucoup plus longtemps qu’elle n’aurait dû, j’eus la sensation très nette que ce n’était pas moi qui allais toucher la carte, mais la carte qui allait me toucher.
Contact.
Le Delta-Vault disparut.
Ce ne fut pas une vision. Ce fut une effraction. La carte enfonça en moi un souvenir qui ne m’appartenait pas, avec la brutalité précise d’une aiguille trouvant la veine du premier coup. Des images s’empilèrent à travers mes paupières, comme si mes yeux étaient devenus des projecteurs retournés contre l’intérieur de mon crâne.
Une salle. Haute de plafond. Des gradins de pierre sombre, un lustre de fer qui n’éclairait rien, et cette odeur d’encre séchée, de bois verni : la sueur froide de ceux qui attendent un verdict. Un tribunal. Je le sus sans l’avoir jamais vu. Le froissement d’une robe noire, lourde, d’apparat. Un homme qui traversait un couloir avec la lenteur d’un métronome. Pas un pas de trop. Pas un geste gaspillé. Et ce Regard : perçant, démesuré, capable de plier le silence autour de lui comme on plie un tissu. Un regard qu’on ne soutient pas. Un regard qu’on subit.
Puis le coffret. Le même coffret, mais neuf. Le velours intact. Les dix cavités pleines, chacune pulsant d’une lueur sourde. Et des visages au-dessus, inconnus, penchés, murmurant des mots que je ne distinguais pas mais dont la fréquence me serra la gorge, parce que cette fréquence-là, je la connaissais. Elle était la même que celle de mes cartes. La même que celle de la vibration dans mon sternum. La même que celle du sourire volé de l’hologramme.
Un nom. Imprimé. Gravé dans la transmission comme un filigrane qu’on ne voit qu’en transparence. Un prénom, court, net, qui traversa ma conscience comme un poisson traverse une main ouverte sous l’eau. Je le sentis, je sus qu’il existait, mais quand je voulus le retenir, il avait déjà glissé entre mes doigts, ne laissant que la certitude qu’il avait été là. Qu’il serait toujours là, quelque part, dans un recoin de ma mémoire que je ne savais pas encore atteindre.
Puis une pulsation. Nette, précise, entre mes deux sourcils, là où les anciens plaçaient le troisième œil, dans ce creux exact où l’os du front cède la place à autre chose, un point que la science appelle glande pinéale et que le corps, lui, reconnaît comme un seuil. Pas une douleur. Une ouverture. Comme si un sens dormant s’étirait pour la première fois, engourdi par des années de non-usage, et captait soudain une fréquence que les yeux ordinaires ne perçoivent pas. Quelque chose en moi — quelque chose de plus ancien que ma propre conscience — accueillit l’éveil sans surprise, comme on accueille un mot de passe qu’on avait oublié mais dont les doigts se souviennent.
La carte noire se tut. Le Delta-Vault revint. Mes genoux avaient plié. Je m’en aperçus en sentant le froid de l’obsidienne sous mes paumes. La poussière dorée tourbillonnait autour de moi, affolée, comme si la mémoire transmise avait brassé l’air de la pièce.
Je respirai. L’air avait un goût de métal et de temps.
✱ ✱ ✱
C’est en me relevant que je le vis.
Un miroir. Appuyé contre le mur du fond, à moitié dissimulé par un enchevêtrement de câbles morts. Comment avais-je pu ne pas le remarquer en entrant ? Il était grand, plus grand que moi, encadré d’un alliage noir mat identique à celui du coffret, et sa surface ne reflétait pas la pièce. Elle ne reflétait rien, en fait. Juste un rectangle de noirceur absolue, comme une fenêtre ouverte sur le néant.
Je m’approchai.
Un pas. Deux. Mon reflet était déjà là. Il m’attendait. Et la différence entre moi et lui était si subtile, si infime, qu’il me fallut plusieurs secondes pour la localiser.
Les yeux.
Mon reflet avait dans les yeux une certitude que je ne ressentais pas. Ce n’était ni de la détermination ni du courage, mais uelque chose de plus calme et de plus terrible : la tranquillité de ceux qui savent déjà comment l’histoire se termine. Mon reflet me regardait comme on regarde quelqu’un qu’on a connu il y a très longtemps et dont on attendait le retour.
Je levai la main droite. Le reflet leva la main droite. En même temps. À la même vitesse. Parfaitement synchrone.
Sauf que le reflet souriait.
Et moi, non.
Je restai là. Le temps, à cet instant, n’existait pas. Singularité elle-même aurait été incapable de mesurer ce qui se passa entre mon visage et celui qui me faisait face. Ce face-à-face silencieux entre ce que j’étais et ce que j’allais devenir, ou peut-être entre ce que j’allais devenir et ce que j’avais déjà été? Les deux hypothèses coexistaient dans le miroir avec une égale légitimité, et ni l’une ni l’autre ne demandait à être choisie.
Quelque part, très loin au-dessus, Singularité continuait de luire. Quelque part, dans les strates hautes où la lumière était calibrée et l’air filtré et les souvenirs optimisés pour ne rien retenir d’inutile, des gens vivaient sans se douter qu’en dessous de tout, dans les fondations que le monde avait décidé d’ignorer, une fille se tenait debout devant un miroir, dans une salle que les systèmes ne savaient plus nommer, avec sept cartes et trois espaces vides.
✱ ✱ ✱
Je me détournai.
Je rangeai les cartes une par une. La carte d’Eugénio d’abord qui avait refroidi, comme après un effort prolongé. Celle d’Eudes, encore chaude, comme toujours. Les autres, puis la noire, au centre du tissu, bien calée entre les dorées, comme un silence au milieu d’une phrase.
La carte muette en dernier. Elle ne pulsait plus. Elle reposait dans ma paume avec la quiétude d’un objet qui a rempli sa fonction et qui attend, sans impatience, qu’on le sollicite à nouveau. Je la glissai contre ma hanche. Elle retrouva sa place dans ce creux exact entre l’os et le tissu du sac où elle avait creusé, au fil du temps, une empreinte que nulle autre carte ne pourrait jamais remplir.
Le coffret, sur son socle, demeura ouvert. Les trois cavités vides brillaient faiblement dans la pénombre, et j’eus l’impression fugitive qu’elles m’observaient avec patience. Elles attendaient. Depuis plus longtemps que je n’étais capable de le concevoir — oui, elles attendaient.
Je remontai l’escalier d’obsidienne. Le Portique se referma dans mon dos avec un soupir pneumatique. La LED verte s’éteignit. Data-Bloc 7 me reprit dans sa grisaille humide, ses capteurs aveugles, ses murs lépreux qui ne reconnaissaient personne. Tant mieux, c’était nécessaire. Le monde d’en bas n’avait pas besoin de savoir ce qui dormait sous lui.
Au-dessus, infiniment loin et infiniment présente, Singularité n’avait pas bougé. Son éclat blanc et synthétique nappait les strates hautes de DeltaVolt, et en dessous, par strates successives de richesse décroissante, la lumière se dégradait : or pour les nantis, jaune pour les fonctionnels, gris pour les oubliés, noir pour nous. La lumière, dans ce monde, n’éclairait pas. Elle triait.
Je marchai.
Je ne savais pas ce que l’hologramme avait voulu dire. Je ne savais pas ce que la carte noire avait imprimé en moi, ni pourquoi le miroir m’avait montré un visage que je ne portais pas encore. Je ne savais pas qui manquait dans les trois cavités vides, ni si j’étais censée les remplir ou seulement constater leur absence.
Mais je savais une chose.
Quelque chose d’infime et d’irréversible. Un filament, un lien ténu entre ce que j’avais reçu et ce que je n’avais pas encore compris. Un écho de vies que je n’avais pas vécues mais qui s’étaient logées en moi avec la discrétion des graines qu’on sème dans une terre qu’on ne reverra pas.
Je posai la main sur ma hanche. La carte muette était tiède. Exactement à ma température.
Comme si la frontière entre elle et moi avait cessé d’exister.
“Ils ne m’ont rien transmis. Ils se sont dissous en moi.”
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Aurel Eather
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Chapitre 0 - Le seuil et le signal
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Buisson.ai
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L’IA, c’est censé être compliqué, ici, on la rend simple.