Suite de la carapace
Comme Marie nous invite à écrire aussi ici :
De la carapace à la rencontre
Comme beaucoup de femmes, j’ai installé une carapace pour me protéger des hommes, avant de comprendre qu’elle me protégeait surtout de ce que je n’osais pas encore rencontrer.
Cette carapace, je ne l’ai pas choisie par confort. Je l’ai installée pour survivre.
Pour continuer à avancer malgré les blessures, les peurs, les chocs visibles ou invisibles.
Elle m’a permis de tenir debout. De rester sensible sans être détruite.
De continuer à aimer la vie, à accompagner, à transmettre.
Je ne renie pas cette carapace. Elle n’était ni une erreur, ni une faiblesse.
Elle était une réponse.
Comme moi, beaucoup de femmes ont installé une carapace pour se défendre, souvent face à des expériences difficiles avec les hommes. C’est une réalité.
Et elle mérite d’être nommée sans détour.
Puis est venue une autre étape : celle de la sécurité intérieure.
J’ai commencé à sentir , grâce à Cindy, que me protéger ne suffisait plus.
Que cette carapace, nécessaire hier, devenait parfois un filtre, une distance, une limite à la rencontre.
La sécurité intérieure n’est pas l’absence de peur.
C’est cet espace où l’on n’a plus besoin de se blinder pour exister.
Un espace intérieur stable, vivant, qui ne dépend plus uniquement des circonstances extérieures.
Et c’est là qu’une prise de conscience plus dérangeante est apparue.
J’ai réalisé que je regardais la carapace depuis un seul angle :
celui des femmes qui se protègent des hommes.
Ce que je n’avais pas vraiment intégré, ou que je n’avais pas voulu voir,
c’est que les hommes aussi peuvent avoir installé une carapace.
Pas contre les femmes. Pas pour dominer. Mais pour eux.
Des hommes hypersensibles. Des hommes profondément marqués par la vie.
Des hommes respectueux, doux, présents, mais blessés.
Des hommes qui, comme beaucoup de femmes, ont appris à se protéger pour ne pas être détruits.
Et là, je dois être honnête. Ne pas voir cette carapace chez les hommes, ça m’arrangeait. Tant que je ne la voyais pas, je pouvais rester dans une posture connue, même si douloureuse : celle de la victime des hommes.
Voir leur carapace m’aurait demandé autre chose : sortir du clivage simple,
et entrer dans une forme de solidarité humaine.
Reconnaître que l’autre se protège aussi, ce n’est pas nier les blessures des femmes. Ce n’est pas excuser. Ce n’est pas oublier. C’est accepter une réalité plus complexe : chacun a appris à se blinder comme il a pu, à partir de son histoire, de ses peurs, de ses manques.
Et tant que je refusais de voir cela, je ne pouvais pas rencontrer réellement.
Je ne voyais que des rôles, des projections, des silhouettes.
Si je ne vais pas au-delà de ma carapace, je ne rencontrerai pas ces hommes-là.
Parce qu’eux aussi se cachent. Pas par froideur. Par protection.
La carapace empêche la rencontre, des deux côtés.
Ce chemin ne consiste pas à jeter la carapace. Il consiste à la remercier pour ce qu’elle a permis, puis à accepter qu’elle ne soit plus l’unique réponse.
Et peut-être que la vraie sécurité intérieure commence ici :
Quand je cesse de faire de l’autre un coupable, je retrouve l’espace de la rencontre : reconnaître que nous avons tous appris à nous protéger avant d’apprendre à nous rencontrer, c’est là que naît la sécurité intérieure.
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Malika Zouaoui
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Suite de la carapace
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